Par Victor Binhas
Depuis son annualisation, M’T dents tous les ans change la place de la prévention dans le quotidien des cabinets. Le dispositif concerne les enfants et les jeunes de 3 à 24 ans et prévoit désormais un examen bucco-dentaire chaque année. Pour le groupe Binhas, l’enjeu dépasse la facturation d’un acte supplémentaire. Il pose une question d’organisation : votre cabinet sait-il transformer ce rendez-vous préventif en un parcours clair, régulier et utile pour le patient et sa famille ?
L’Assurance Maladie précise que l’examen comprend une anamnèse, un examen bucco-dentaire et des conseils de prévention adaptés à l’âge. Selon la situation, il peut être complété par certains actes et par un programme de soins consécutifs. La logique est donc bien celle d’une continuité, et non celle d’un rendez-vous isolé. La fiche professionnelle de l’Assurance Maladie consacrée à M’T dents tous les ans détaille le dispositif et les outils mis à disposition des chirurgiens-dentistes.
Le passage d’un rendez-vous périodique à un rendez-vous annuel installe une fréquence différente. Pour le cabinet, cela signifie davantage d’occasions de suivre l’évolution, de rappeler les messages de prévention et de détecter plus tôt une situation qui mérite une prise en charge. Mais cette fréquence ne produit de valeur que si le parcours est pensé.
Un rendez-vous annuel peut très vite devenir un acte administratif de plus si le cabinet ne sait pas ce qu’il veut construire autour de lui. À l’inverse, il peut devenir un point de repère dans la relation avec la famille : un moment attendu, préparé et relié aux étapes suivantes. C’est précisément là que l’organisation rejoint la qualité de service.
L’Assurance Maladie rappelle également que l’objectif du programme est de favoriser un contact précoce et régulier avec le chirurgien-dentiste et de développer les bons réflexes d’hygiène bucco-dentaire. Cette intention institutionnelle rejoint un principe que nous travaillons depuis longtemps chez Binhas :
La prévention est plus efficace lorsqu’elle s’inscrit dans un système stable plutôt que dans une succession d’actions ponctuelles.
Un parcours de prévention fonctionne mieux lorsque le patient sait pourquoi il vient et ce qui va se passer. Cela commence avant l’arrivée au cabinet. Lors de la prise de rendez-vous, l’équipe peut identifier clairement le contexte M’T dents, vérifier les informations nécessaires et expliquer simplement le déroulement.
La simplification du dispositif mérite d’être connue de toute l’équipe. Le patient n’a plus besoin de présenter un bon de prise en charge. L’Assurance Maladie indique que la carte Vitale et les informations de complémentaire permettent la prise en charge prévue. Si seule la secrétaire connaît cette règle, les réponses données au téléphone risquent de varier. Une règle nationale doit donc devenir une règle opérationnelle partagée dans le cabinet.
La cohérence est un des principes de la méthodologie Binhas. Le patient doit recevoir le même message quel que soit son interlocuteur. Cette cohérence réduit les hésitations, les appels inutiles et les incompréhensions.
Dire chaque année « il faut bien se brosser les dents » ne constitue pas un parcours préventif. Un enfant de 4 ans, un adolescent de 15 ans et un jeune adulte de 23 ans n’ont ni les mêmes comportements, ni la même autonomie, ni les mêmes interlocuteurs. Le contenu du rendez-vous doit donc évoluer.
L’Assurance Maladie et le Conseil de l’Ordre ont conçu un guide de l’examen bucco-dentaire qui organise les messages par âge et par thématique. C’est un support intéressant pour harmoniser le discours de l’équipe sans transformer la consultation en script rigide.
Cette logique correspond à la Flexigestion® : un cadre commun, puis une adaptation intelligente à la personne et à la situation. Le standard sécurise les points à ne pas oublier. Le professionnel conserve sa capacité d’écoute et son jugement clinique.
Le moment décisif se situe souvent à la fin du rendez-vous. Si une surveillance, un soin ou un autre rendez-vous est nécessaire, le patient sait-il exactement ce qui doit se passer ensuite ? Qui reprend la main ? Le prochain rendez-vous est-il proposé immédiatement ? Les parents comprennent-ils le calendrier ?
L’Assurance Maladie souligne que les soins consécutifs doivent être réalisés dans le délai prévu par le dispositif et insiste sur l’intérêt d’un délai court pour limiter le renoncement. Pour le cabinet, cela signifie que la prévention et l’agenda ne peuvent pas être gérés séparément.
Nous retrouvons ici le principe des systèmes interconnectés. Le diagnostic peut être parfaitement réalisé, mais si l’agenda ne permet pas d’organiser la suite ou si l’information n’est pas transmise à la personne qui programme les soins, la continuité se casse.
Dans notre approche de la Qualité de Service en Dentisterie, nous observons l’ensemble de ce que le patient vit avant, pendant et après le soin. Un dispositif de prévention peut être simple sur le papier et devenir compliqué dans la réalité : informations répétées, documents recherchés, règles mal comprises, absence de visibilité sur la suite.
Le Capital Énergétique du Patient, CEP®, offre une grille utile pour observer ces moments. Chaque fois que le patient doit chercher, répéter, attendre sans information ou deviner la prochaine étape, le parcours lui demande un effort évitable.
L’objectif n’est pas de supprimer toute participation du patient. Il reste acteur de sa santé. Notre responsabilité organisationnelle consiste à réserver son attention aux décisions et comportements qui ont une valeur réelle, plutôt qu’aux frictions administratives.
Une politique de prévention solide ne repose pas sur la mémoire du praticien. Elle se traduit dans des routines simples : identifier les patients concernés, préparer le rendez-vous, adapter les messages, documenter ce qui a été fait, programmer la suite et vérifier que le relais est clair.
Ce type de routine peut paraître élémentaire. Pourtant, c’est souvent la répétabilité qui fait la différence entre une bonne intention et une qualité de service réellement perceptible.
La campagne de l’Assurance Maladie rappelle que des inégalités de recours persistent selon l’âge, le territoire et la situation sociale. Elle indiquait notamment que seuls 36 % des enfants de 3 ans avaient vu un dentiste en 2024. La campagne M’T dents tous les ans vise précisément à renforcer le réflexe préventif.
Pour le cabinet, cette ambition suppose de réfléchir à la capacité d’accueil. Si la prévention génère davantage de demandes, comment préserver des délais cohérents ? Comment éviter que ces rendez-vous soient systématiquement placés dans les créneaux résiduels ? Comment organiser les soins consécutifs sans déstabiliser l’agenda ?
Ces questions montrent pourquoi la prévention est aussi un sujet de management. Elle mobilise l’accueil, l’assistante, le praticien, l’agenda, les protocoles et la communication.
Je conseille de ne pas créer un tableau de bord disproportionné. Quelques observations suffisent pour commencer : nombre de rendez-vous M’T dents reçus, proportion donnant lieu à une suite, délai moyen lorsque des soins sont nécessaires, questions administratives récurrentes et motifs d’abandon du parcours.
Ces données permettent de distinguer un problème clinique d’un problème organisationnel. Elles peuvent aussi révéler des incompréhensions que l’équipe ne voit plus parce qu’elle connaît parfaitement le dispositif.
Le dispositif s’adresse aux enfants et jeunes de 3 à 24 ans. L’examen est désormais proposé chaque année.
Non. L’Assurance Maladie précise que le bon de prise en charge n’est plus nécessaire. Le cabinet doit en revanche appliquer les modalités administratives prévues par le dispositif.
Il comprend notamment l’anamnèse, l’examen bucco-dentaire et des conseils de prévention adaptés à l’âge. Des actes complémentaires ou un programme de soins peuvent être indiqués selon la situation.
En définissant un parcours : préparation, messages adaptés, examen, explication et prochaine étape. La valeur du dispositif se joue dans la continuité.
M’T dents tous les ans offre aux cabinets une occasion de replacer la prévention dans une relation suivie. Si vous souhaitez vérifier que votre organisation, votre agenda et votre parcours patient soutiennent réellement cette ambition, le diagnostic offert BGDS permet d’identifier les points de friction et les priorités d’amélioration.
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