Par Victor Binhas
Lorsqu’un chirurgien-dentiste entend parler de facturation électronique, une question revient immédiatement : « « La facturation électronique va-t-elle réellement changer le fonctionnement de mon cabinet ? »
La réponse est nuancée.
La plupart des cabinets dentaires ne seront pas concernés comme une entreprise commerciale qui facture quotidiennement des clients professionnels. Ils devront néanmoins être capables de recevoir les factures électroniques de leurs fournisseurs à compter du 1er septembre 2026.
L’obligation d’émission s’appliquera aux PME, TPE et microentreprises à partir du 1er septembre 2027, pour les opérations entrant dans le champ de la réforme.
Source : Ministère de l’Économie, calendrier de la facturation électronique
Le premier changement concret n’arrivera donc pas en 2027, mais bien en 2026.
Et il ne concerne pas seulement votre expert-comptable. Il touche directement votre organisation administrative, la circulation des factures, les responsabilités de l’équipe et le contrôle des dépenses.
Trois mécanismes doivent être distingués.
À partir du 1er septembre 2026, les entreprises françaises concernées devront pouvoir recevoir les factures électroniques transmises par leurs fournisseurs.
Pour un cabinet dentaire, cela peut concerner les factures de matériel, de consommables, de maintenance, d’informatique, de téléphonie, de conseil ou de communication.
Ces documents devront transiter par une plateforme agréée, directement ou par l’intermédiaire d’un logiciel connecté. Un PDF ordinaire envoyé par courrier électronique ne constitue pas, à lui seul, une facture électronique conforme au nouveau dispositif.
L’obligation d’émission concerne principalement les opérations réalisées entre entreprises établies en France et entrant dans le champ de la TVA.
Elle débute le 1er septembre 2026 pour les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire, puis le 1er septembre 2027 pour les PME et les microentreprises.
Cela ne signifie pas que toutes les notes d’honoraires remises aux patients devront être envoyées par une plateforme.
Néanmoins, je vous invite à une vigilance particulière pour les actes à visée esthétique. Lorsqu’un acte répond à un objectif de diagnostic, de traitement ou de restauration de la santé du patient, il peut relever de l’exonération. En revanche, lorsqu’il poursuit uniquement une finalité esthétique, sans visée thérapeutique, il peut être soumis à la TVA.
ATTENTION : Votre situation doit également être examinée lorsque le cabinet réalise des prestations pour d’autres professionnels, sous-loue des locaux ou développe des activités annexes. L’expert-comptable doit confirmer le régime applicable à chaque catégorie d’opérations.
Dans de nombreux cabinets, les factures suivent encore des chemins très différents.
Certaines arrivent sur l’adresse personnelle du praticien. D’autres sont reçues sur la boîte générique du cabinet. Quelques-unes doivent être téléchargées sur le portail d’un fournisseur. Les prélèvements apparaissent parfois sur le compte bancaire avant que la facture correspondante ait été retrouvée.
Ce fonctionnement tient tant que les personnes présentes connaissent les habitudes du cabinet.
Il devient fragile dès qu’une secrétaire est absente, qu’un fournisseur change son mode d’envoi ou qu’il faut retrouver rapidement un avoir.
La réforme doit donc vous conduire à répondre à plusieurs questions :
Une plateforme peut centraliser les flux et faciliter l’intégration comptable. Elle ne définira pas ces règles à votre place.
Le suivi régulier des factures fournisseurs est très utile au pilotage de votre cabinet.
Il permet notamment de suivre :
Lorsque les documents sont dispersés, ces informations restent rarement exploitées.
Le praticien découvre tardivement l’augmentation d’un abonnement. Un prélèvement se poursuit pour un équipement qui n’est plus utilisé. Un avoir promis n’est jamais rapproché de la facture initiale. L’équipe consacre du temps à rechercher des documents plutôt qu’à contrôler les dépenses.
La facturation électronique peut améliorer cette situation, mais seulement si elle est reliée à une procédure interne.
Si un seul membre de votre équipe connaît les accès, les fournisseurs et les habitudes de transmission, le cabinet devient dépendant de sa présence.
Le risque restera identique demain si une seule personne maîtrise la plateforme agréée.
Le nouveau dispositif repose sur des données structurées et sur l’identification précise des entreprises.
Des coordonnées incomplètes, des doublons ou des informations juridiques incorrectes peuvent générer des anomalies de transmission.
Le cabinet utilise souvent plusieurs systèmes : logiciel métier, banque, solution comptable, outil de gestion documentaire et/ou portail de l’expert-comptable.
Le mot « compatible » ne suffit pas.
Vous devez vérifier le parcours complet d’une facture, depuis sa réception jusqu’à son archivage et à son intégration dans la comptabilité. Même si cela n’est pas la tâche la plus agréable, elle fait partie de vos attributions en tant que chef d’entreprise, et ce même si vous ne gérez pas vous-même les factures au quotidien.
Qui intervient lorsqu’une facture est rejetée ? Que fait l’équipe lorsque le montant ne correspond pas à la commande ? Comment traite-t-elle un doublon ou un avoir ?
Sans réponse commune, chaque collaborateur improvise.
Pendant quelques semaines, relevez les différentes factures reçues :
Pour chacune, notez le canal de réception, la personne qui la contrôle et le mode de règlement.
Demandez à votre expert-comptable de distinguer clairement :
Cette analyse déterminera vos obligations exactes.
Posez-leur des questions concrètes :
Le référent peut contrôler les nouveaux documents, suivre les anomalies et assurer la relation avec l’expert-comptable.
Son rôle doit toutefois être documenté et connu d’une seconde personne. L’organisation ne doit jamais reposer exclusivement sur la mémoire d’un collaborateur.
La procédure doit préciser :
Cette démarche rejoint un principe central de la méthode Binhas : une organisation fiable repose sur des systèmes clairement définis, et non sur des habitudes exclusivement orales.
N’attendez pas l’échéance pour créer les accès, découvrir les notifications ou comprendre le fonctionnement de la plateforme.
Ce temps de préparation correspond à ce que nous appelons chez Binhas le Temps Improductif Investi®.
Vous ne produisez rien au fauteuil pendant cette réunion. Pourtant, vous réduisez durablement les erreurs, les interruptions et les recherches inutiles futures.
La facturation électronique est souvent présentée comme un projet informatique.
Je pense fondamentalement que c’est une erreur.
La technologie peut centraliser une facture. Elle ne peut pas décider qui doit la contrôler.
Elle peut transmettre des données. Elle ne peut pas corriger des responsabilités mal définies.
Elle peut automatiser une écriture comptable. Elle ne peut pas vous dire si un abonnement reste pertinent ou si une dépense dépasse le budget prévu.
Le cabinet qui possède déjà des procédures simples, une répartition claire des rôles et des temps réguliers de coordination intégrera probablement la réforme sans difficulté majeure.
Celui qui fonctionne avec plusieurs boîtes mail, des accès personnels et des habitudes non documentées risque de subir une transition beaucoup plus inconfortable.
Votre première question ne devrait donc pas être :
« Quelle plateforme devons-nous choisir ? »
Commencez par une autre question :
« Quel circuit administratif voulons-nous mettre en place dans le cabinet ? »
La conformité sera nécessaire. La maîtrise de votre organisation sera beaucoup plus utile.
Oui, notamment pour la réception des factures électroniques de leurs fournisseurs à partir du 1er septembre 2026. Les obligations d’émission et de e-reporting dépendent de la nature exacte des opérations réalisées.
Les soins exonérés de TVA prévus par l’article 261 du Code général des impôts ne doivent pas être assimilés automatiquement à des opérations commerciales taxables. Le régime des éventuelles activités annexes doit cependant être vérifié séparément.
Non. Une facture électronique conforme doit comporter des données structurées et transiter par une plateforme agréée ou une solution connectée à celle-ci.
Le 1er septembre 2026 pour la capacité à recevoir des factures électroniques. L’obligation d’émission des PME et microentreprises intervient le 1er septembre 2027 pour les opérations concernées.
Il peut accompagner le cabinet sur les aspects fiscaux, comptables et techniques. La définition des rôles, des contrôles et du circuit de validation reste une responsabilité interne au cabinet.
Avant de comparer les solutions techniques, commencez par cartographier votre circuit actuel de facturation : réception des documents, contrôle, validation, paiement, archivage et traitement des anomalies.
Cette étape permet d’identifier les points de fragilité avant qu’ils ne deviennent des difficultés opérationnelles.
L’accompagnement Binhas 365 aide les cabinets à clarifier les responsabilités, formaliser leurs procédures et intégrer les nouveaux outils dans une organisation cohérente avec leur fonctionnement réel.
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