Par Victor Binhas – Binhas Global Dental School
Le renouvellement générationnel des chirurgiens-dentistes en France ne se résume ni à une vague de départs, ni à une simple question de démographie. Il s’agit d’une transformation progressive mais profonde du système d’exercice, qui touche à la fois l’organisation des cabinets, les parcours professionnels, la transmission et la répartition territoriale des soins.
Les chiffres montrent à la fois des départs massifs à venir, une hausse continue des arrivées, notamment via les formations européennes – et des mécanismes de régulation comme le zonage, dont les effets restent partiels. L’enjeu central est désormais clair : adapter les modèles d’exercice à une profession qui change dans ses attentes, ses équilibres et sa culture.
La France compte aujourd’hui plus de 49 000 chirurgiens-dentistes en exercice (source ONCD), soit une progression d’environ +18 % depuis 2012. Cette croissance est réelle et durable. Elle reflète les décisions de formation prises dans les années passées (relèvement progressif du numerus clausus, ouverture européenne des parcours, et augmentation différée du nombre de diplômés). La démographie actuelle n’est donc pas le résultat d’une adaptation récente, mais l’effet mécanique de choix structurels dont les conséquences se matérialisent aujourd’hui.
Attention, pour autant, cette augmentation des effectifs ne doit pas être interprétée comme une simple garantie de continuité.
Car le nombre ne dit rien de la manière dont ces praticiens souhaitent exercer, ni des structures dans lesquelles ils se projettent.
Les diplômes délivrés par les facultés européennes privées occupent désormais une place significative dans les nouvelles inscriptions à l’Ordre. Ils contribuent clairement à l’alimentation des effectifs et participent au renouvellement des générations.
Mais cet apport est loin d’être homogène dans ses effets.
Dans la pratique, nombre de ces praticiens :
Ce flux ne remplace pas à l’identique les praticiens qui quittent l’exercice, ni les modèles dans lesquels ils exerçaient.

Les projections convergent : Des milliers de praticiens actuellement en exercice auront cessé leur activité d’ici 2030. Ce mouvement est déjà engagé et s’inscrit dans une dynamique de long terme.
Ce qui pose aujourd’hui question n’est pas tant l’ampleur de ces départs que le degré de préparation des structures concernées.
De nombreux cabinets ont été construits autour d’un fonctionnement très personnalisé, avec peu de délégation et une organisation fortement dépendante du praticien en place.
Dans ce contexte, la transmission ne relève plus uniquement d’un enjeu patrimonial, mais d’un enjeu organisationnel.
Les données territoriales publiées par l’Ordre national des chirurgiens-dentistes confirment l’existence de disparités entre territoires. Mais leur lecture gagne à être nuancée.
Au-delà des zones dites “sous-dotées” ou “sur-dotées”, la cartographie met en évidence un fait nouveau.
Il existe aujourd’hui des territoires où le besoin en soins est réel, mais où les cabinets existants ne trouvent pas de successeurs, non pas faute de demande, mais faute de structures adaptées aux attentes actuelles des praticiens.
L’enjeu n’est pas uniquement géographique. Il est aussi lié à la capacité des cabinets à proposer des conditions d’exercice compatibles avec les attentes actuelles.
Ce que révèle le renouvellement générationnel, au fond, c’est une évolution des attentes :
Ces attentes ne sont ni nouvelles ni idéologiques. Elles traduisent simplement une profession qui s’inscrit davantage dans des logiques d’équilibre, de projection et de durabilité. Celles(ci peuvent également s’expliquer par la féminisation de la profession.

Les chiffres sont clairs :
Le véritable enjeu du renouvellement générationnel est celui de l’adaptation des modèles d’exercice.
Il ne s’agit pas d’augmenter toujours plus le nombre de dentistes, mais de penser des structures capables d’accueillir, de transmettre et d’évoluer.
C’est à cette condition que cette transformation silencieuse pourra devenir un facteur de stabilité et de progrès pour la profession.
Les arrivées européennes compensent-elles les départs à venir ?
Elles contribuent aux effectifs, mais ne compensent pas automatiquement les départs en termes de formes d’exercice.
Le zonage est-il une solution suffisante ?
Non. Il régule des flux, mais ne remplace pas une réflexion sur l’organisation des cabinets.
Pourquoi parle-t-on de transformation plutôt que de crise ?
Parce que les changements sont progressifs, prévisibles et structurels.
Quel est le principal levier d’adaptation aujourd’hui ?
La capacité des cabinets à évoluer vers des organisations transmissibles et attractives.
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